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5. oct., 2019

L’émigration est dure surtout quand on vous accueille avec des préjugés politiques ou de grosses différences culturelles et économiques. L’émigration peut être interne ou externe. Même à l’interne d’un certain pays, où on peut être émigré dans une nouvelle ville ou nouvel endroit. En général c’est bien que les gens se déplacent, c’est le principe de la Globalisation. L’échange ou le changement culturel dans l’espace et le temps fait évoluer l’être humain. Mais, il faut dire aussi que l’évolution culturelle de toute l’histoire de l’humanité a été la plus importante à l’époque esclavagiste, quand les esclaves faisaient tout le travail et les seigneurs pouvaient s’occuper de la culture, science, musique, etc. Ainsi, l’émigration fait évoluer en principe la société et l’Etat d’accueil. D’un autre côté l’émigration fait évoluer l’esprit personnel de l’émigré, qui est obligé de faire des efforts pour une meilleure vie et l’intégration dans la société d’accueil. Ce sont les bases théoriques que tout le monde connait à partir des programmes modernes d’école de culture générale. Autre chose est la vie réelle qui dans la plupart des cas se trouve loin de ces bases théoriques. Au Portugal cette différence était énorme au passage du millésime 2000. Le niveau d’éducation générale du peuple portugais était très bas, en moyenne au niveau de la 4 ou 6ème classe. De plus, il y avait des préjugés politiques causés par l’ancien régime fasciste du Salazar, pour lequel la Russie était un ennemi. Nous, les Moldaves et les Ukrainiens, étions identifiés comme ressortissants de l’URSS, l’existence de la Moldavie et de l'Ukraine comme pays était méconnue pour la plupart des portugais. Par exemple, l'Ukraine était toujours confondue avec la Croatie. 

Au milieu de tout cela, je venais de dire aux autochtones du plus ancien pays du Vieux Monde que je suis un ingénieur œnologue et que je prétendais leur apprendre à faire du vin... Tu rigoles ou bien? C’est du jamais vu, cela ressemblait à une insulte à la Nation! Incroyable! On me conseillait d’aller là d’où je suis venu, ou être ingénieur, je ne pouvais que là-bas, d’où je suis venu. On m’appelait de tout, sauf père, et disait qu’il fallait commencer tout de zéro dans un nouveau pays. Parfois, j’étais sur le point de les croire, et essayer d’oublier qui je suis et les mérites que j’avais. Je commençais à regretter d'avoir fait ces études et à préférer être stupide ou sans aucune éducation. J’avais même peur de parler ma langue en leur présence, puisque j’allais être engueulé immédiatement pour le manque de respect. Au bout de 2 ans de travail au sein du métier, parmi des collègues avec 4-5 ans d’études de culture générale, je suis allé voir mes chefs - collègues avec 4-5 ans d’études supérieures qui sortaient très rarement de leurs cabinets. Je leur ai posé la question de quelle était ma perspective dans leur entreprise, combien de temps étais-je supposé de travailler dans ce niveau professionnel et que j’avais besoin de gagner plus que 570 euros par mois. Mes prétentions se fondaient sur mes qualifications professionnelles reconnues au Portugal et la naissance récente d’un deuxième enfant. La réponse était tranchante – le pays est en crise et ils ne savaient pas quand la crise se terminera, j’aurais peut-être une promotion quand le pays ira mieux et l’entreprise aussi. Le jour suivant, je ne suis plus venu au travail, ni celui d’après, ni jamais dans ce pays au métier du vin. J’ai signé que je suis parti volontairement et je n’ai même pas eu le droit au subside de chômage, selon la loi portugaise.  

Pendant une demi-année, je n’avais pas envie de sortir de la maison de Montijo, 30 km de Lisbonne. Ensuite, je sortais que la nuit pour aller travailler comme chauffeur de taxi à Lisbonne. Petit à petit, je suis retourné au travail et en 2006, ai postulé pour le poste de conducteur de bus aux transports publics de Lisbonne. Je ne voulais plus rien savoir sur le vin et ce métier. Je me suis retrouvé dans une nouvelle vie, dans un nouveau métier, où je n’étais pas discriminé à cause des niveaux des études. J’ai commencé mes études professionnelles dans un nouveau métier en même temps que les autres collègues, parmi lesquels je me sentais en égalité. 

4. oct., 2019

Après 20 ans d’exode dans le Vieux Monde, dont 10 en Suisse et 10 au Portugal, il est venu le temps de déboucher l’assemblage des connaissances accumulées en plein cœur des valeurs humaines. Alors sorti de la Moldavie natale en 1999, jeune ingénieur diplômé, j’ai débarqué au Portugal, où il y avait une grande demande de main d’œuvre pour les chantiers. C’était la seule possibilité de s’engager dans un pays où rien n’était connu… à part les vins de Porto et Madeira. Une année plus tard, j’ai fait mes premières vendanges portugaises dans les caves d’une coopérative agricole pour un salaire 3 fois inférieur à ce que je gagnais dans les chantiers. La curiosité de voir et de vivre le travail d’une cave traditionnelle était plus forte que l’envie de gagner de l’argent. Après peu de temps, mon collègue portugais responsable de la production de ces caves, m’a assuré que je n’avais pas de chances d’avoir un poste d’œnologue, puisque je venais d’un pays tiers en dehors de l’Union Européenne. Cela n’aurait pas l’air trop méchant pour un modeste moldave comme moi, si le "collègue" n'avait ajouté qu’en Moldavie, il faisait trop froid pour la culture de la vigne et que la vigne poussait juste dans le bassin méditerranéen.  Et encore…, il mettait en doute mes études en alléguant que dans les pays de l’est, les diplômes sont vendus au marché, et si j’étais ingénieur oenologue, je devais aller chercher du travail en France... Je ne pouvais pas répondre à toutes ces provocations, car mes connaissances en culture portugaise et le courage étaient limités, mais la révolte interne était en train de naitre.

C’est ainsi que j’ai fait ma première connaissance pratique avec les grandes traditions vigneronnes du Vieux Continent. Il faut dire que, lors de mes études d’œnologie à l’Université Technique de Moldavie dans les années 90, on a appris les technologies traditionnelles de tous les vins du monde, dont Porto et Madeira. Je connaissais donc Portugal comme le premier pays de l’Europe, qui a délimité par la loi une région viticole, le Douro – la patrie du Porto.

Après les vendanges de millésime 2000, j’ai quitté ces caves coopératives pour gagner l’Université de Tràs-os-Montes e Alto Douro (UTAD) à Vila Real au nord de Portugal. J’ai préparé tous les documents nécessaires selon la loi des équivalences académiques et fait la demande de reconnaissance auprès de l’UTAD de mon diplôme d’œnologue de l’Université Technique de Moldavie (UTM). L’année 2001, je me suis inscrit au Master en Viticulture dans la même université et ai suivi les cours théoriques. En 2002, j’ai obtenu l’équivalence du diplôme d’ingénieur en Œnologie et conclu la partie académique du Master en Viticulture de l’UTAD. Ainsi, j'ai été le premier Moldave qui a été diplômé dans le métier du vin et de la vigne au Portugal, au cœur de la plus ancienne région viticole du monde. C’était une belle victoire, mais à quel prix… Les efforts et sacrifices passés lors d’une année de vie étudiante au nord de Portugal, étaient presque les mêmes que ceux vécus pendant les 6 ans d’études supérieures en Moldavie (dont 1 année sabbatique). Les parents n’étaient pas là pour me soutenir, en plus j’avais à charge ma femme et ma fille de 3 ans d’âge. Mais à la fin, avec ces diplômes et notre état de travailleurs émigrés, je me suis dit qu’avec un peu de patience, la sage Europe me rendra honnêtement les résultats de mes efforts. Mes espoirs ne comptaient pas avec le protectionnisme et l’hypocrisie européens, des facteurs méconnus pour un jeune orthodoxe de 27 ans éduqué dans un milieu socialiste d’égalité des droits de la Moldavie soviétique. Les diplômes en poche, personne ne me voulait en tant qu’ingénieur. Mon vieux "collègue" avait raison à la fin, j’étais toujours vu comme de la main d’œuvre malgré mes diplômes légalisés. Je ne vais jamais oublier la mauvaise langue d’un autre "collègue" qui me disait de me mettre ces Diplômes et honneurs "dans le cul". Sans parler davantage de certains cas de vraies situations d’esclavage, nous étions face à la réalité difficile à croire. Après peu de temps, j’ai trouvé un poste de caviste auprès d’une grande cave de la région d’Azeitão, au centre de Portugal. Ils n’avaient pas besoin d’ingénieurs, et on m’a dit que le métier c’est comme une femme, si tu n’aimes pas la plus belle, il faut accepter la plus moche…

Engagé donc au sein du métier, j’ai pris du temps pour réaliser que j’étais tombé en disgrâce de certains seniors. Ainsi comme ma femme, quand, en travaillant à la cuisine d’un vieux restaurant du nord, elle s’est permise de dire au patron que si l’on dépasse 40 heures de travail par semaine, il fallait payer les heures supplémentaires, puis s’est fait virer de suite, en partant une main devant et l’autre derrière, comme on dit chez nous au Portugal ! Bon..., que ne supporterait pas un moldave, un âne en jouisse...

11. août, 2019

A la fin de la Fête des Vignerons, je ne peux que déboucher un de nos trésors... On connait tous l’étonnante capacité de garde du Chasselas vaudois. Le cépage roi du Canton de Vaud en Suisse est une exception de tous les cépages blancs du monde, entre autres, dans l’aspect de la capacité de garde du vin. Par rapport aux autres vins blancs, les Chasselas se bonifient de plus en plus avec les années et deviennent des vrais trésors au bout de quelques dizaines d’années. Ils arrivent même à dépasser la longueur de vie des vins rouges, qui normalement devraient résister mieux au temps puisqu’ils sont plus riches en polyphénols antioxydants. Mais, apparemment cette logique n’est pas juste. Pourquoi, comment cela s’explique ? 

Les différents cépages blancs et rouges ont tous des différentes capacités d’accumulation des polyphénols, tannins du raisin qui forment la structure du vin, son goût, sa richesse. Mais, même pour ceux qui bénéficient d’une richesse tannique remarquable, il n’est pas toujours le cas d’une capacité de garde directement proportionnelle à la quantité des polyphénols. L’explication est dans la qualité des polyphénols qui change aussi en fonction du terroir, sans négliger les techniques de vinification. Ainsi, dans les régions relativement humides, la vigne est plus attaquée par les maladies cryptogamiques comme Mildiou, Oïdium, etc. Dans ces conditions, la plante produit des certains polyphénols, qui ont une capacité antioxydante plus forte, pour se défendre de ces agresseurs. C’est une immunité naturelle de la plante contre les maladies. Ces polyphénols sont connus sous le nom de stilbènes, dont le Resvératrol est le composant le plus remarquable. Par exemple, les vins de France blancs et rouges, sont plus riches en stilbènes et resvératrol que les vins de Moldavie, puisque le climat en Moldavie est plus sec et les vignes sont en général moins attaqués par ces maladies. La quantité des polyphénols totaux peut être la même, mais ceux qui contiennent plus de resvératrol, seront plus résistants au temps et auront une capacité de garde plus longue. On pourra établir cette relation de manière suivante :

Indice de garde - IG,

IG=R/P

R – resvératrol, mg/l.

P – polyphénols totaux, g/l.

Par exemple, pour comparer Nos vins, le rouge Passion des Tsars aura l'indice de garde:

IG=9,27/55,1=0,16

Tandis que le blanc Chasselatel aura une valeur beaucoup plus importante:

IG=2,28/2,4=0,95.

C'est un indice relatif de la capacité de garde en base du contenu des polyphénols, sans compter les autres facteurs qui influencent l'équilibre redox. Selon notre exemple, on voit que les vins blancs ont une capacité de garde supérieure aux vins rouges, à condition d'une vinification en contact prolongé avec les parties solides de la grappe.

Dans le cas du Canton de Vaud, le climat de la région est modérée d’un côté par l’influence méditerranéenne, et d’autre coté par le lac Léman. Cette particularité du terroir permet au vignoble vaudois la production d’une quantité élevé des stilbènes dans les grappes. Grâce aux techniques de vinification traditionnels, où le Chasselas est souvent pressé avec les rafles, la quantité relative de ces polyphénols essentiels est encore plus relevante. C'est la richesse principale du Chasselas, le trésor éternel du terroir vaudois. 

 

 

19. juil., 2019

Le chiffre 12 est de la même importance que les émotions qu’on ressent quand on se retrouve face à l’arène mise en place par la Confrérie des Vignerons dans le cœur de la ville de Vevey, depuis 1797, une fois par génération. Tout est fait pour l’hommage au métier du vin et de la vigne, aux hommes et femmes qui la labourent dans l’espace et le temps. C’est la manifestation dédiée à la profession, dont la fête la plus grandieuse au monde, se trouve au centre de la vieille Europe. Aucun autre pays du monde considéré de grand producteur de vin, n’a jamais accordé une telle importance au métier qui tien profondément à tout ce qui nous est chère. Et cela se trouve dans la discrète Suisse, dont la surface viticole ne dépasse les 15.000 ha, qui souvent n’est même pas connu comme pays viticole à l’étranger. Toute la gloire est à Dieu.

Cette année 2019, il fait 10 ans que j’ai posé les pieds en Suisse, et 20 ans que j’ai quitté mon pays natal, la Moldavie. Il y a 20 ans, il y a eu la dernière Fête de Vignerons en 1999, et j’étais un jeune ingénieur œnologue qui n’avait aucune idée de l’existence d’un tel évènement d’importance mondiale pour la culture du vin et de la vigne. Fraichement sortie des bancs de l’université (UTM), j’étais convaincu de savoir tout dans le monde du vin. Par coïncidence, cette même année de 1999, je suis émigré vers Portugal pour chercher une meilleure vie, où en 10 ans de travail, 5 ans étaient dédiés au métier du vin en réalisant ma reconnaissance d’œnologue auprès d’une université portugaise (UTAD), et en travaillant dans plusieurs caves de Portugal. Sans aucune obligation ou influence externe, j’avait le sentiment du devoir face aux métier qui me motivait à chercher la réalisation des connaissances assimilés. Quelque chose me poussait dans cette direction, mais la vie pratique m’a montré que mes connaissances n’ont pas d’importance, il fallait faire selon les habitudes locales et pas comme les profs universitaires nous ont appris… Finalement, mes diplômes obtenus avec beaucoup d’efforts et sacrifices ont été quelque chose d'inutile pour les besoin pratiques du pays. Même avec des diplômes reconnus, j’étais vu comme main d’œuvre, les places d’ingénieurs étant limités ou destinés pour les autres. J’ai fini pour changer de métier, comme conducteur des transports publics à Lisbonne, où je gagnais le double que dans les caves, sans être discriminé professionnellement.

Mais, le sentiment de déception ne m’a plus quitté et le cœur me disait de partir. Ainsi en 2009, avec ma petite famille, nous sommes émigrés vers le mieux, en Suisse à Lausanne. A ce moment, je n’avais aucune idée des grandes traditions viticoles vaudoises, en cherchant de m’engager dans les transports publics. Quand, j’ai vu pour la première fois les terrasses du Lavaux, qui d’ailleurs ressemblaient beaucoup à celles du Douro de Portugal, je me suis dit que c’est ici qu’il faut s’arrêter. Plus tard, en 2011, suis tombé sur le livre d’Olivier Grivat, Les Vignerons suisses du Tsar, qui m’a fait réveiller petit à petit les esprits professionnels avec la belle histoire et son lien entre la Suisse et mon pays d’origine. Une histoire d’émigration qui m’a touché en plein cœur, entourée de plusieurs coïncidences incroyables des dattes et d’évènements, qui m’ont orienté comme une étoile divine sur mon parcours d’œnologue indépendant.