4. oct., 2019

DOP – DISCRIMINATION D'ORIGINE PROTÉGÉE. Partie 1.

Après 20 ans d’exode dans le Vieux Monde, dont 10 en Suisse et 10 au Portugal, il est venu le temps de déboucher l’assemblage des connaissances accumulées en plein cœur des valeurs humaines. Alors sorti de la Moldavie natale en 1999, jeune ingénieur diplômé, j’ai débarqué au Portugal, où il y avait une grande demande de main d’œuvre pour les chantiers. C’était la seule possibilité de s’engager dans un pays où rien n’était connu… à part les vins de Porto et Madeira. Une année plus tard, j’ai fait mes premières vendanges portugaises dans les caves d’une coopérative agricole pour un salaire 3 fois inférieur à ce que je gagnais dans les chantiers. La curiosité de voir et de vivre le travail d’une cave traditionnelle était plus forte que l’envie de gagner de l’argent. Après peu de temps, mon collègue portugais responsable de la production de ces caves, m’a assuré que je n’avais pas de chances d’avoir un poste d’œnologue, puisque je venais d’un pays tiers en dehors de l’Union Européenne. Cela n’aurait pas l’air trop méchant pour un modeste moldave comme moi, si le "collègue" n'avait ajouté qu’en Moldavie, il faisait trop froid pour la culture de la vigne et que la vigne poussait juste dans le bassin méditerranéen.  Et encore…, il mettait en doute mes études en alléguant que dans les pays de l’est, les diplômes sont vendus au marché, et si j’étais ingénieur oenologue, je devais aller chercher du travail en France... Je ne pouvais pas répondre à toutes ces provocations, car mes connaissances en culture portugaise et le courage étaient limités, mais la révolte interne était en train de naitre.

C’est ainsi que j’ai fait ma première connaissance pratique avec les grandes traditions vigneronnes du Vieux Continent. Il faut dire que, lors de mes études d’œnologie à l’Université Technique de Moldavie dans les années 90, on a appris les technologies traditionnelles de tous les vins du monde, dont Porto et Madeira. Je connaissais donc Portugal comme le premier pays de l’Europe, qui a délimité par la loi une région viticole, le Douro – la patrie du Porto.

Après les vendanges de millésime 2000, j’ai quitté ces caves coopératives pour gagner l’Université de Tràs-os-Montes e Alto Douro (UTAD) à Vila Real au nord de Portugal. J’ai préparé tous les documents nécessaires selon la loi des équivalences académiques et fait la demande de reconnaissance auprès de l’UTAD de mon diplôme d’œnologue de l’Université Technique de Moldavie (UTM). L’année 2001, je me suis inscrit au Master en Viticulture dans la même université et ai suivi les cours théoriques. En 2002, j’ai obtenu l’équivalence du diplôme d’ingénieur en Œnologie et conclu la partie académique du Master en Viticulture de l’UTAD. Ainsi, j'ai été le premier Moldave qui a été diplômé dans le métier du vin et de la vigne au Portugal, au cœur de la plus ancienne région viticole du monde. C’était une belle victoire, mais à quel prix… Les efforts et sacrifices passés lors d’une année de vie étudiante au nord de Portugal, étaient presque les mêmes que ceux vécus pendant les 6 ans d’études supérieures en Moldavie (dont 1 année sabbatique). Les parents n’étaient pas là pour me soutenir, en plus j’avais à charge ma femme et ma fille de 3 ans d’âge. Mais à la fin, avec ces diplômes et notre état de travailleurs émigrés, je me suis dit qu’avec un peu de patience, la sage Europe me rendra honnêtement les résultats de mes efforts. Mes espoirs ne comptaient pas avec le protectionnisme et l’hypocrisie européens, des facteurs méconnus pour un jeune orthodoxe de 27 ans éduqué dans un milieu socialiste d’égalité des droits de la Moldavie soviétique. Les diplômes en poche, personne ne me voulait en tant qu’ingénieur. Mon vieux "collègue" avait raison à la fin, j’étais toujours vu comme de la main d’œuvre malgré mes diplômes légalisés. Je ne vais jamais oublier la mauvaise langue d’un autre "collègue" qui me disait de me mettre ces Diplômes et honneurs "dans le cul". Sans parler davantage de certains cas de vraies situations d’esclavage, nous étions face à la réalité difficile à croire. Après peu de temps, j’ai trouvé un poste de caviste auprès d’une grande cave de la région d’Azeitão, au centre de Portugal. Ils n’avaient pas besoin d’ingénieurs, et on m’a dit que le métier c’est comme une femme, si tu n’aimes pas la plus belle, il faut accepter la plus moche…

Engagé donc au sein du métier, j’ai pris du temps pour réaliser que j’étais tombé en disgrâce de certains seniors. Ainsi comme ma femme, quand, en travaillant à la cuisine d’un vieux restaurant du nord, elle s’est permise de dire au patron que si l’on dépasse 40 heures de travail par semaine, il fallait payer les heures supplémentaires, puis s’est fait virer de suite, en partant une main devant et l’autre derrière, comme on dit chez nous au Portugal ! Bon..., que ne supporterait pas un moldave, un âne en jouisse...